Lundi 26 novembre 2007 à 16:24

    Le choc de la semaine est historique. Je vais faire de mon mieux pour ne pas faire dans le mélodrame (parce qu'après la méga (et pathétique) lettre écrite au bac blanc d'espagnol je vais dépasser le quota autorisé!) mais je ne vous garantis rien. Bref revenons en au fait. L'élément déclancheur de ce choc est un cours de russe, plus précisément le documentaire visionné durant ce cours. Il s'appelle "Ville assiègée, ville affamée", c'est un documentaire allemand sur le siège de Leningrad.
    Un petit rappel historique s'impose avant d'aller plus loin. Le siège a débuté le 8 septembre 1941 et s'est achevé le 27 janvier 1944. Soient donc 900 jours de calvaire si j'ai bien compté. Pour continuer avec ces chiffres qui, bien qu'impersonnels à souhait, peuvent vous donner une petite idée des dégâts entraînés : en janvier 41, 10 000 personnes meurent par jour, en tout près de 1 million de personnes décèderont des suite de la faim et à la fin des 900 jours, seuls 800 000 des 2,5 millions d'habitants survivront. C'est Hitler qui est à l'origine de ce siège. En effet, pendant la seconde guerre mondiale, c'est bien connu, les allemands et les russes se sont affrontés. Donc, Hitler a voulu prendre Leningrad mais plutôt que d'y envoyer des soldats, il a demandé conseil à un nutritionniste, Wilhelm Ziegelmeyer. Ce dernier après moult savants calculs prenant en compte le nombre d'habitants dans la ville et les rations disponibles a prédit la chute de la ville. Ce qui n'est pas arrivé. Mais comme je l'ai dit plus tôt, seuls huit-cent mille squelettes des 2.5 millions d'origine en sortiront vivant. D'autres se sont échappés avant la fin du siège comme certains jeunes enfants qui ont été évacués par le lac ladoga avant que l'issue de soit bloquée.
    Bien sûr c'est horrible tout ça. Ils n'avaient rien à manger tout ça tout ça, obligés de manger de la terre, du cuir, voire même de la colle, pas cool tout ça... Mais je suis sûre que là, tout de suite maintenant, le derrière bien installé sur votre chaise, alors que votre seule préocupation c'est de ne pas mettre de miettes sur votre clavier, vous vous en foutez royalement. Non, j'exagère peut-être. Vous ne vous en foutez pas. Mais dans une demie-heure vous aurez oublié. Oui. Et moi aussi j'aurais oublier si je ne l'avais pas vu.
    Mais le problème c'est que j'ai vu ces deux babouchkas aux visages tellements ridés qu'on aurait dit du papier chiffonné, l'une avait vu mourir son fils dans ses bras, l'autre s'adressant aux reporters allemands : "excusez-moi, c'étaient vos pères ou vos grands-pères? Je ne vais pas vous mentir, je suis trop vieille pour ça, mais je les appelais des bêtes sauvages. Maintenant, je me rends compte qu'ils ne faisaient qu'obéir aux ordres". Elle s'appelle Nina Oumova cette vieille femme et elle a perdu l'unique amour de sa vie pendant cette guerre. Et lorsqu'elle a raconté, lorsqu'elle a lu le départ des enfants par le lac ladoga et la séparation avec leur mère, il n'y a pas eu qu'un seul reniflement dans la salle étrangement silencieuse pour une fois. J'ai vu aussi le sourire chaleureux du vieil homme appelant les journaliste "mes amis" puis son air grave lorsqu'il a expliqué que la vision d'un cadavre gisant par terre ne faisait plus rien à personne au bout d'un moment. J'ai aussi vu le regard, le visage, tous deux étrangement familiers de Vera Titanova, jeune mère de dix-huit ans qui a noyé sa fille en bas âge pour la manger ensuite. Et ce visage, je peux vous assurer que je ne l'oublirai pas. Mais j'ai vu aussi les yeux pétillant de Nina Oumova dépliant un paquet renfermant un morceau de pain et expliquant qu'une inconnue lui avait donné alors qu'elle mourrait de faim...
    Donc, difficile d'oublier, vous en conviendrez. Ne croyez pas que j'écris cet article en vue d'énoncer une quelconque morale toute faite du genre "n'oublions pas l'histoire" ou "ne mangeons pas nos semblables" ou encore "Hitler était vraiment très méchant". Non, ce n'est pas le but. Ma motivation n'est pas très clair d'ailleurs. Est-ce pour extérioriser l'étrange sentiment que j'ai ressenti? Est-ce parce que le visage inocent et surtout horriblement familier de Vera Titanova me hante? Ou peut-être est-ce l'image des gens tirant leurs cadavres sur des luges? Ou encore cet intéret que je porte au peuple russe? Ou rien de tout cela...
    Dans l'ordre des photos : un homme affamé tenant dans ses mains sa rations quotidienne : 125 grammes de pain, des habitants cherchant de l'eau sur la Neva, Nina Oumova, Une femme transportant le cadavre d'un enfant, et des corps jonchant les rues.


Texte et Images de Clémence



Merci à Clémence, que vous pouvez retrouvez sur son cowblog à l'adresse suivante : http://It-S-Hard-To-Be-A-Cat.cowblog.fr, pour l'autorisation d'exploiter son article. Si vous avez des articles intéressant a proposé, je me ferais un plaisir d'étudié votre proposition.


Publié dans We are Humans

par Nicolas

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